D'après une fresque de Nabil


Création, avec les élèves, d'un outil d'accompagnement scolaire en ligne

Table des matières

Introduction
1. L'idée
1.1. Le constat technologique : le wap sur le téléphone portable
1.2. L'état des lieux : les ruptures
1.3. Ma réponse pédagogique : des cours sur le wap
1.4. Épilogue
2. Impliquer les élèves
2.1. Concevoir et rédiger pour Wapeduc
2.2. Wapeduc confronté aux Instructions Officielles
2.3. L'intérêt pour les élèves
2.4. Relations et communication
2.5. L'implication des élèves à la maison
3. L'outil de révision devient un outil de communication
3.1. Le défi-écriture : création des leçons et des questionnaires
3.2. Pourquoi alimenter un site Internet ?
3.3. L'utilisation du site
3.4. Limites
4. Rétroaction et perspectives
4.1. Le projet d'écriture
4.2. Les problèmes de fond
4.3. Analyse de l'expérimentation
Conclusion
Bibliographie
Annexes

Introduction

L'idée est de passer du cahier de leçons à un site Internet qui permet de mettre en ligne les cours ainsi que des questionnaires d'évaluation.
Les élèves peuvent ainsi réviser, s'évaluer et faire partager leur travail.
Comme dans la plupart des écoles de ZEP, les élèves ont du mal à mettre en lien le travail fait en classe et le monde extérieur. L'injonction des parents et des enseignants "travaille à l'école !" n'a pas la portée attendue.
Il faut donc chercher à donner du sens aux activités scolaires en offrant la possibilité aux élèves de construire leurs leçons, de pouvoir les réviser dans et à l'extérieur de l'école.
Après avoir présenté l'idée de départ, j'exposerai la manière dont nous travaillons en classe. Nous verrons comment les élèves créent des leçons et des questionnaires.
Nous observerons ensuite la façon dont ils révisent et comment ils s'évaluent sur le site Internet Webeduc.

1. L'idée


Comment utiliser les moyens modernes de communication pour accompagner nos élèves ?

1.1. Le constat technologique : le wap sur le téléphone portable

En 2003 les téléphones portables sont devenus de véritables terminaux d'ordinateurs. Ils se sont largement répandus parmi les familles des élèves fréquentant l'école. Sur 24 élèves de ma classe, 23 familles possédaient un téléphone portable, 5 avaient un ordinateur dont 2 étaient connectés à Internet.
Mon collègue et ami Philippe Steger et moi-même, nous sommes demandés comment ce nouveau vecteur d'information pourrait être mis à profit pour les apprentissages scolaires.

1.2. L'état des lieux : les ruptures

De l'école à la famille
Constatant le décalage entre ce qui ce passe à l'intérieur et à l'extérieur de l'école : il me semble important de réduire la distance entre culture scolaire et culture familiale des milieux défavorisés. Rendre explicite: "Qu'est-ce qu'apprendre ?" et plus précisément "De quelle façon un enfant perçoit les apprentissages et les critères de réussite scolaire ?"

De l'élémentaire au collège
Parmi les six types de problèmes décrits par Eliane Rogovas-Chauveau et Gérard Chauveau, entraînant un échec scolaire chez les enfants de travailleurs immigrés, " les difficultés de passage d'un cycle à l'autre, constituent un obstacle majeur en ZEP. "
Wapeduc s'étend du CM1 au BAC et constitue donc un outil utilisable tout au long de la scolarité. Les élèves de 6e qui participent au dispositif "école ouverte" au collège du quartier bénéficient d'une initiation à l'utilisation du site.

1.3. Ma réponse pédagogique : des cours sur le wap

C'est à la suite de ces observations que Philippe Steger et moi-même avons décidé de réaliser un site pédagogique consultable par téléphone portable.
Le maître ou le professeur met en ligne un petit cours servant d'introduction à celui qui sera fait en classe. Cette prise d'information permet aux élèves d'arriver en cours avec des questions pertinentes, des idées sur ce qui va être traité et sur ce que l'on attend d'eux.


Nous avons créé un site wap rendant accessible à nos élèves tous les cours du CM1 à la terminale via un téléphone portable : Wapeduc

1.4. Épilogue

Les premiers essais ont été encourageants mais plusieurs obstacles sont apparus pour les élèves de primaire :

2. Impliquer les élèves


Pourquoi mes élèves iraient-ils réviser sur Wapeduc ?

Dans le projet global de l'accompagnement scolaire à l'aide du site Wapeduc, les élèves du collège ou du lycée sont suffisamment autonomes pour savoir ce qu'ils cherchent, et sont capable de consulter les cours lorsqu'ils en ont besoin.

À l'école primaire les élèves n'ont pas encore atteint cette maturité. La démarche va donc consister à les impliquer dans la création des cours afin de mieux appréhender le contenu et par conséquent l'intérêt qu'ils auront à aller y faire des recherches.

Cette création va aussi permettre de faire travailler mes élèves sur un projet d'écriture et donc d'acquérir des compétences dans la production d'écrit et l'observation réfléchie de la langue au sein d'un projet de classe. Une "filiale" de Wapeduc est née : Webeduc, spécialement étudiée pour les PocketPc ou PDA.

2.1. Concevoir et rédiger pour Wapeduc

Et si mes élèves écrivaient eux-même les cours ? Ma proposition est la suivante (Voir la fiche de préparation en annexe 7) :

"A partir du travail fait en classe, nous allons écrire des cours, des leçons ou des règles pour d'autres élèves. Imaginez que vous vouliez aller expliquer une nouvelle connaissance à une autre classe de CM1."

" - Qu'aimeriez-vous leur dire ? "
" - Que voudriez-vous leur expliquer ? "
" - Quels sont les points important à ne pas oublier ? "
" - Quels exemples pourraient illustrer cette leçon ? "

Plus tard, selon le même principe, je leur demanderai de créer eux-mêmes des questionnaires :

" Pour vérifier qu'ils ont bien compris, nous allons leur poser des questions sur le cours. "

Les questionnaires seront de type Question à Choix Multiple. Cette contrainte est liée au langage HTML, nous ne pouvons pas tester la réponse d'une question ouverte. Nous sommes obligés de proposer plusieurs réponses. Nous verrons au chapitre 3.1. que lors de la création des ces QCM l'engagement cognitif des élèves est important.

Par la création des leçons, que sollicite-t-on chez les élèves ? Les compétences des nouveaux programmes de 2002, mises en œuvre par ce nouveau parcours, sont citées en annexe 1; le document d'application concernant le lire et écrire et pouvant servir d'appui pour compléter ce qui suit est présenté en annexe 2.

2.2. Webeduc en parallèle aux Instructions Officielles

Je vais présenter une analyse de quelques compétences afin de mieux rendre compte de ce que je fais dans ma classe à la lecture des textes officiels.

Les compétences à construire
Webeduc

Début du cycle 3
Fin du cycle 3
Graphier
Copier
Copier sans erreur un texte de trois ou quatre lignes
Copier rapidement un texte d'au moins dix lignes

Lors de la phase de recherche les élèves doivent fréquemment recopier le paragraphe d'ouvrage.

Écrire de manière
autonome
Écrire de manière autonome un texte d'au moins cinq lignes (narratif ou explicatif) répondant à des consignes claires
Rédiger, à partir d'une liste ordonnée d'informations, un texte à dominante narrative, explicative, descriptive ou injonctive, seul ou à plusieurs, dans le cadre d'un projet d'écriture relevant de l'un des grands domaines disciplinaires du cycle 3, à partir des outils élaborés par la classe

A partir d'un ensemble de notes, de phrases extraites de différents ouvrages, ils doivent rédiger un texte homogène de l'un des domaines disciplinaires, en utilisant les outils élaborés en classe. L'un d'entre eux est présenté en annexe 4 : une grille de relecture.

Réécrire
  Réécrire un texte, en référence au projet d'écriture et aux suggestions de révision élaborées en classe

Les textes sont écrits, annotés par le maître suivant le code d'erreur mis en place en classe, puis corrigés et réécrits par l'élève.

Mettre en page
  Mettre en page et organiser un document écrit dans la perspective d'un projet d'écriture

Les leçons mises en page sont imprimées pour être collées dans les cahiers ou sont mises en ligne sur Internet. Les compétences sont détaillées dans l'annexe 3 : le B2i.

Copier

Écrire beaucoup et souvent
Dans le cadre du projet je propose régulièrement des activités d'écriture de leçons et questions, puis la mise au propre des synthèses individuelles ou collectives de leçons. Elles viennent compléter ce qui se fait en littérature dans leur carnet de lecture ou en ORL dans les exercices de systématisation par exemple.

Acquérir des stratégies et intégrer des critères de qualité
Sur les Pocket PC, un logiciel de reconnaissance optique de caractères permet d'écrire en cursif sur l'écran tactile. Mais l'élève qui écrit mal, voit que son mot n'est pas reconnu.
Il doit recommencer. Il n'est pas évalué par le maître ou ses pairs mais par un logiciel, à priori neutre vis à vis des critères esthétiques.
J'insiste sur l'habitude à prendre de se relire (contrôle mutuel, critères de relecture, auto évaluation) et sur la présentation puisque nos écrits sont créés pour être partagés. Ce travail se fait en complément de l'analyse d'ouvrages, de l'utilisation du carnet de littérature et bien sûr de la tenue des cahiers.

Écrire pour apprendre

Les circonstances de travail sont fonctionnelles, intégrées aux activités disciplinaires pour lesquelles il est naturel de conserver de l'information, temporairement (prendre des notes) ou durablement (écrits de référence) ; et bien sûr, dans le cas d'un site Internet, de communiquer à d'autres.

Tout écrit élaboré collectivement fait l'objet d'une copie individuelle

Domaines
disciplinaires
Écrits
Webeduc
Éducation civique
- Protocole d'enquête ou de visite ; compte rendu d'une enquête ou d'une visite.

Il n'est pas exclu d'ajouter des textes autre que des leçons.

Histoire et géographie
- Informations dégagées pendant une leçon et/ou l'examen d'un document, d'une carte, etc.
- Courte synthèse à partir des informations notées pendant la leçon ou dans une lecture documentaire.
- Légende d'un document iconographique, d'une carte ; titre d'un récit historique, d'une illustration.
- Définitions (lexique).

Ce travail est réalisé pour le site mais aussi pour le cahier à conserver durant tout le cycle si possible.

Mathématiques
- Texte pour communiquer la démarche et le résultat d'une recherche ; réponse à un problème.
- Écrits de référence (tables, définitions, formules).

Ce travail change de ce qu'il est habituel de faire. On pourra utiliser les fonctions avancées du traitement de texte comme la création de tableaux ou de formules pour les fractions par exemple.

Sciences
- Notes lors d'une observation, d'une expérience, d'une enquête, d'une visite.
- Compte rendu d'expérience ou d'observation.
- Courte synthèse à partir des informations notées pendant la phase de structuration de la séance ou lors d'une lecture documentaire.
- Définitions.

A partir du carnet d'expériences, on pourra facilement en tirer les leçons. On utilisera un logiciel de dessin pour illustrer un texte. Un exemple de leçon de sciences est présenté en annexe 5.

Enseignements artistiques
- Dans un projet d'écriture collective, présentation d'une réalisation artistique (catalogue d'une exposition, programme d'un concert, guide pour la visite d'un monument, affiche, etc.).
- Écrit de fiction en référence à une oeuvre ou à une série d'œuvres d'art.

Il est possible de numériser des productions "à la manière de" ou des présentations de technique…
Certaines productions sont réalisées directement avec un logiciel de dessin.

EPS
- Fiche technique permettant de réaliser un jeu.
- Tableau des performances réalisées de manière à réutiliser l'information ultérieurement.
- Compte rendu d'un événement sportif auquel la classe a participé.

Rien n'est fait mais pourquoi ne pas entrer des règles de jeu ou l'historique d'un sport par exemple.

Écrire dans la classe de littérature

Les projets d'écriture

De courte durée ou d'une durée plus longue
En dehors de l'écriture proprement dite faisant appel au code, la recherche d'une règle de français à écrire, est abordée dans le domaine de la littérature. Les élèves recherchent des exemples dans leurs livres de bibliothèque pour illustrer une leçon de français. Cette façon de travailler permet aux élèves de ne pas être bloqué par la feuille blanche. Elle nous sert à illustrer notre site, et surtout à étendre notre culture littéraire en partageant nos lectures accompagnées d'un résumé. Enfin, ce sera évidemment une bonne façon de se souvenir des livres lus cette année là. Une leçon illustrée à l'aide du livre "L'ancêtre disparue" est présentée en annexe 6.

Des activités plus décontextualisées

S'entraîner à la résolution de problèmes d'écriture dans le cadre d'ateliers d'écriture
Là encore lors de l'écriture de nos leçons on va retrouver les grands principes de cohésion du texte (marques grammaticales, reprises/substituts, connecteurs) et de cohérence du texte (chronologie, personnages, temps, lieux, action, énonciation).

2.3. L'intérêt pour les élèves.

Démarche scientifique

Tous les cours mis en ligne sont conçus et rédigés en suivant la démarche scientifique :

Motivation

A travers ce projet d'écriture, deux aspects nouveaux vont entrer en ligne de compte : la motivation et la création. Certains enfants ont besoin de créer pour apprendre. Brigitte Chevalier affirme : " avant de commencer n'importe quel travail, l'enseignant devrait susciter chez l'enfant l'intention, le désir d'apprendre. Il n'y a pas d'attention sans intention. Entre aussi en compte la nécessité pour certains élèves d'être des "réalisateurs" : pour eux, l'apprentissage passe essentiellement par le "faire", l'action. " La motivation principale pour mes élèves vient de l'utilisation d'outils informatiques : ordinateurs et Pocket PC, téléphone, traitement de texte, encyclopédie numérique et recherche sur Internet.

Ils sont également motivés par la diffusion de leurs cours sur Internet, par la possibilité de montrer leur travail et par la pérennité de leurs écrits qu'ils pourront toujours consulter lorsqu'ils seront au collège.

Métacognition

La création de cours et l'auto-évaluation sont des moyens qui permettent aux enfants de réfléchir sur leurs stratégies cognitives. Quelques questions suscitant la réflexion sur leurs stratégies peuvent suffire.
Il est important de réfléchir sur ces stratégies à différentes étapes d'un projet. Par exemple, la recherche sur documents peut s'avérer productive pour un élève et infructueuse pour un autre. En donnant aux élèves la possibilité d'échanger sur leurs stratégies, ils en bénéficient tous :

Toutes les étapes peuvent donc faire l'objet de moment de réflexion et de verbalisation des stratégies cognitives.

2.4. Relations et communication

Famille et CLAS

Dès le début de cette expérimentation j'ai orienté mon travail vers l'accompagnement scolaire. Par la suite la Fédération des œuvres laïques de l'Hérault ayant développé sur l'école un cycle CLAS j'ai formé et accompagné les animateurs à l'utilisation des Pocket PC. Neuf machines ont été mises à disposition de l'association et sont utilisées quotidiennement.

En effet la charte nationale prévoit que : " L'école doit s'appuyer sur l'ensemble des coopérations qui s'offrent à elle quand le contexte est difficile pour mener à la réussite les jeunes qui lui sont confiés. Les actions menées sont centrées sur l'aide aux devoirs et les apports culturels nécessaires à la réussite scolaire. L'un des enjeux de l'accompagnement à la scolarité est de rendre possible un changement d'attitude de l'enfant au regard des apprentissages et des objets culturels proposés par l'école. "

Un projet fédérateur important, qui implique les élèves à la fois en classe et à l'extérieur, peut permettre d'améliorer la communication et tisser des liens plus forts.

Ecole

Je sers de passerelle entre les classes de cycle 3. En effet, lorsque l'on parle communication, il ne faut pas oublier celle entre enseignants eux-mêmes. Dans la mesure où je prends des groupes d'élèves de différentes classes, je planifie le travail à faire pour Webeduc, en tenant compte de la demande des maîtres. Grâce à ce travail, à l'implication des élèves de toutes les classes, nous avions un projet commun, une façon aussi de voir plus loin que la classe, de parler de la scolarité de nos élèves de manière plus globale.

2.5. L'implication des élèves à la maison

Les devoirs à faire à l'étude, à la maison ou en soutien scolaire vont porter sur un travail de recherche, de réflexion et de révision. Ces tâches ne posent pas de problème puisque le travail demandé est identique à celui réalisé en classe et j'ai présenté le site et les modalités de travail aux parents.

Toutes les corrections sont faites en classe. Le but est bien d'inciter les élèves à devenir acteurs de leurs apprentissages et non de rattraper une leçon qui n'aurait pas été terminée en classe.

L'utilisation d'outils informatiques pour entrer dans la maîtrise de la langue est aussi un moyen de rompre les freins rencontrés dans les milieux défavorisés : l'opposition implicite à l'utilisation des livres.

L'entrée dans l'écrit peut ainsi être source de blocage subjectif, ce qui pose la question de l'autorisation que l'enfant reçoit à son égard dans les discours comme dans les non-dits familiaux. Certes, l'immense majorité des parents désirent que leur enfant réussisse à l'école. Néanmoins, il arrive que ces messages parentaux soient ambivalents. Parents et enfants vont-ils encore pouvoir se parler et s'entendre? Annie Ernaux , issue d'une famille modeste et devenue enseignante de Français, se souvient des paroles marquantes de son père sur ce point : "Il n'osait plus me raconter des histoires de son enfance. Je ne lui parlais plus de mes études."

L'envie d'apprendre peut ainsi souffrir du manque de visibilité des pratiques de l'écrit, mais aussi de ce qu'a "entendu " l'enfant, de façon implicite, dans son univers familier. Je ne prétends pas révolutionner cet état de fait, en revanche, j'ai constaté que grâce à l'aspect nouveau et atypique du travail que je donne aux élèves, les tensions sont amoindries.

Ces enfants, et donc de façon indirecte leurs familles, bénéficient d'un support d'enseignement à la pointe de la technologie et se trouvent donc valorisés.

Enfin, pour toutes les familles où l'école est un espoir d'intégration sociale et professionnelle, cette expérimentation est perçue comme un tremplin vers l'excellence.


Webeduc devient une interface éducative entre les apprentissages fait à l'école et la maison.

3. L'outil de révision devient un outil de communication


Pourquoi mes élèves écriraient-ils pour Webeduc ?

Au cycle 3, en particulier dans les écoles situées en ZEP, l'une des difficultés rencontrées en expression écrite concerne la pauvreté des productions : vocabulaire limité et mauvaise syntaxe. L'enseignant doit trouver des solutions pour aider ses élèves à améliorer la maîtrise de la langue. Comme l'énonce Jacques Fijalkow : "Le rôle de l'enseignant est alors de préparer des situations permettant l'apprentissage, c'est-à-dire des tâches à réaliser (tâches de lecture, d'écriture, etc...) et le matériel nécessaire (livres, journaux, etc...) et d'apporter son aide pour vaincre les difficultés rencontrées. Ce n'est pas simple."

Une solution peut être par le projet d'écriture qui fait appel à plusieurs apprentissages et compétences pour sa réalisation. L'ensemble des thèmes abordés en classe est présenté dans l'annexe 8 : "Le projet d'écriture".

3.1. Le défi-écriture : création des leçons et des questionnaires

Concrètement le travail est fait en classe de la même manière que si on devait faire un compte rendu sur un cahier ou sur une affiche de présentation.
On veut présenter un travail, expliquer à d'autres ou garder une trace pour soi.
Le cours, la leçon ou la règle est élaboré en utilisant le matériel dont on dispose dans la classe : livres scolaires, dictionnaires, encyclopédies, livres thématiques, journaux, revues, livres de littérature. Les données sont analysées, triées et réécrites par les élèves.

Une leçon de grammaire

Plusieurs élèves travaillent sur la même règle, après une première écriture, annotée et corrigée, une réécriture est validée par les autres élèves du groupe ou par le maître :

. .

Les élèves cherchent des exemples dans leurs livres de littérature. Le rédacteur de la leçon note toutes les locutions qui lui paraissent pertinentes.

. Les exemples choisis sont alors soumis à un comité de rédaction ou à la classe entière. Lorsque cette dernière étape est validée, le ou les élèves responsables de cette leçon peuvent alors frapper leur texte sur un Pocket PC.

Ces textes dactylographiés sur plusieurs Pocket PC doivent être réunis. Deux possibilités :

Voici le résultat tel qu'il est visible sur le site


Webeduc devient un outil de révision et de création

Des questionnaires

Les questionnaires sont élaborés sur le modèle d'un questionnaire à choix multiples.

Ensuite les cours et les questionnaires sont dactylographiés par les élèves à l'aide d'un traitement de texte. Cette étape est réalisée en classe sur l'un des deux ordinateurs ou sur l'un des neuf Pocket PC achetés par le REP dans le cadre de ce projet.

Les cours seront consultables sur n'importe quel poste connecté à Internet, mais également sur l'ordinateur de la classe. Il suffit de copier les fichiers "html" et d'utiliser le navigateur web installé sur ce poste. On procède de la même manière sur les Pocket PC. Ce type de navigation est dit "offline".

Les élèves ont pu également faire des échanges de cours, de leçons et de questionnaires avec d'autres classes, et participer à la publication en ligne de leurs productions.


Le travail sur le site de révision place l'enfant en situation authentique d'échange et de communication et aboutit à l'appropriation de cet outil par l'enfant.

3.2. Pourquoi alimenter un site Internet ?

Les élèves ne vont plus seulement écrire pour l'enseignant, pour leurs parents, mais aussi pour les autres élèves, pour d'autres adultes. Ils savent que ces personnes, et plus seulement l'enseignant, vont pouvoir apprécier leur travail.

L'élaboration du site oblige l'enseignant à passer à une pédagogie impliquant l'enfant dans la conception du produit attendu, du début à la fin. L'élève sait ce qu'il va faire, de quelle manière et dans quel but il le fait. Il "apprend en faisant". Il utilise d'autres méthodes de travail : recherches personnelles, utilisation d'outils (dictionnaires, grilles de relecture, encyclopédies...), travail en équipe.

L'ensemble des thèmes abordés en classe est présenté dans l'annexe 8 : "Le projet d'écriture".

Le projet d'écriture d'un site Internet permet une continuité des apprentissages :

Nous travaillons sur deux grands axes.

Approche des principales fonctions des moyens de communication multimédia :

Élaboration du site lui-même :


Quel plaisir de retrouver ses propres écrits sur son écran de téléphone ou d'ordinateur !

3.3. L'utilisation du site

Exemples de leçons et de questionnaires visible sur téléphone portable sur Wapeduc ou sur Webeduc pour la partie CM1 CM2.

Je choisis la classe… la matière… le thème… la leçon… je révise…

A la suite de cette séquence un questionnaire de validation type "question à choix multiples". Toutes les réponses sont présentes dans le cours d'introduction qui peut être enrichi et servir de révision.

A la fin du cours je choisis d'aller aux questions… je réponds à tous les QCM… Je connais mon score instantanément… je peux lire les bonnes réponses… je peux retourner lire la leçon si je veux m'améliorer…


Les cours ne sont plus seulement sur les cahiers ou les livres, ils sont également sur mon téléphone portable :

Le site peut être visualisé à l'aide d'un émulateur de téléphone à partir de la page d'accueil de webeduc.fr

3.4. Limites

Je vois deux principales limites pour l'enseignant :

Le temps

Comme dans tout projet, c'est la gestion du temps. Le travail effectué pour Webeduc ne peut pas se rajouter à ce qui ce fait d'habitude en classe, il vient en remplacement d'autres enseignements, plutôt doit s'intégrer dans le projet de classe, ou mieux, dans le projet de cycle, voire dans le projet d'école.

La stucture

La seconde limite est plus structurelle. En effet, l'enseignant doit adapter sa pédagogie, se former à la gestion des groupes et aménager l'espace de la classe pour répondre à ce fonctionnement. Ou dit autrement : comment gérer une classe quand tous les élèves ne font pas la même chose?

Ces limites sont à dépasser. Elles sont au cœur de la réussite. Dans le chapitre 4.2. les problèmes de fond seront revus plus en détail.

Il n'en reste pas moins quelques limites plus matérialistes dont nous devons tenir compte :

4. Rétroaction et perspectives

4.1. Le projet d'écriture

Ce projet tente de rompre avec la conduite inadaptée des élèves pour les faire entrer dans les apprentissages :

Finalement je peux me poser la question :


En quoi ce projet est plus intéressant que n'importe quel autre projet d'écriture que j'aurais mené dans ma classe ?

On peut facilement percevoir l'utilité de mettre en ligne des cours sur le site Webeduc. Cette mémoire scolaire numérique facilement consultable reste à la disposition des élèves où qu'ils soient, durant toute la scolarité. Ils en sont à la fois les usagers, les artisans et les ambassadeurs.

4.2. Les problèmes de fond

Pendant les moments où les élèves travaillent sur la création des cours ou des questionnaires, le fonctionnement de la classe doit être modifié. C'est certainement là le point crucial de l'utilisation des TICE en classe.

Dans le dernier dossier des cahiers pédagogiquessur le numérique à l'école, Serge Pouts-Lajus nous indique dans l'éditorial : "Aujourd'hui, le nombre d'ordinateurs atteint un niveau considéré comme suffisant dans beaucoup d'établissements. Parallèlement, une majorité de familles s'est équipée et les enseignants se sont familiarisés avec l'usage des ordinateurs. Mais la confrontation de l'école avec un objet technique instable continue de poser problème. Les promesses de bouleversements pédagogiques se dérobent sans cesse, tandis que la réalité des usages et leurs effets sur l'enseignement et l'apprentissage restent difficiles à appréhender."

Dans le même dossier, dans un dialogue avec Serge Pouts-Lajus, Alain Chaptal exprime le constat suivant : "Les enseignants utilisent ces technologies non pour quelque grand soir pédagogique, mais pour simplement faire mieux ce qu'ils faisaient déjà avant. Ils utilisent les TIC dans la mesure où celle-ci sont compatibles avec leurs pratiques existantes et les confortent."

Enfin nous trouverons dans ce dossier l'article "TICE à l'école primaire : ça résiste?" par Claude Delagoutte et Patrick Picard une aide apportée par l'association Pragmatice. Tout d'abord, le résultat d'une enquête : "deux tiers des enseignants interrogés déclarent avoir du mal avec la gestion des groupes et de l'espace". et cette question récurente : "Comment gérer une classe quand tout le monde ne fait pas la même chose?"

D'après eux, trois conditions sont nécessaires :

J'ai opté pour un fonctionnement en atelier avec un plan de travail hebdomadaire. Certains effectuent des recherches pendant que d'autres saisissent leur texte ou terminent des exercices dans d'autres matières.

Avec deux postes fixes et neuf Pocket PC, il est impératif de trouver un moyen de fonctionner afin que tous les élèves participent. C'est un problème pour l'enseignant car cela remet en cause la manière classique d'enseigner.

Comme le souligne l'inspecteur général de l'Éducation Nationale Guy Pouzard, : "On se demande trop rarement si l'organisation de la classe dans sa forme classique est la forme la plus adaptée pour un rendement optimal de l'utilisation par les élèves des outils multimédia."

Trois ans plus tard, dans un entretien donné au quotidien "le Monde" il précise en quoi les TICE vont changer les méthodes d'enseignement, que la vraie révolution, c´est Internet : " Les outils de communication et d´information qui se développent aujourd´hui sont devenus indispensables à l´école et à l´enseignement. L´ordinateur doit pouvoir servir de vecteur de communication et non pas uniquement de simple poste de travail individuel. Cependant, je ne crois pas au principe de l´élève qui apprendrait tout seul grâce au multimédia, ni à celui d´élèves capables de construire seuls leurs savoirs. L´acte essentiel réside dans ce que peuvent produire les élèves et qui révèle la maîtrise de ce qu´ils ont appris. Je mets en effet toujours l´accent sur la création, qui nécessite qu´il y ait eu construction des savoirs. Les enseignants deviendront ainsi les créateurs et les organisateurs des connaissances des élèves. Une fonction beaucoup plus riche que la simple transmission du savoir. "

À la lecture de ce texte on peut considérer au moins trois niveaux d'utilisation des TICE :

Le projet Wapeduc et Webeduc ajoute une variante au troisième niveau : "l'accompagnement de la scolarité".


4.3. Analyse de l'expérimentation

Voici une dizaine d'années que les TICE ont fait leur entrée dans les écoles et la stabilité n'est pas atteinte. En 1997 Vincent Troger posait déjà le problème. "L'exemple des nouvelles technologies de l'information et de la communication illustre d'une autre manière cette recherche d'une nouvelle régulation du système scolaire."

L'auteur nous met en garde sur ce que serait le risque majeur de cette évolution mal contrôlée : "Une école qui n'offrirait qu'à une partie de sa clientèle la possibilité d'accès à des sources inépuisables d'informations et de connaissances. D'un côté, ceux qui maîtrisent l'outil, financièrement et techniquement, et peuvent donc apprendre ; de l'autre ceux qui ne peuvent pas."

La même année, commentant la parution d'un livre , Régis Debray estime que "le développement d'Internet autorisera le tutorat interactif et les transferts horizontaux de connaissances. Assisté par ordinateur, l'enseignement de la seconde chance deviendrait alors la première chance des citoyens, nouveaux échangistes de la connaissance."

Déjà à l'époque la "fracture numérique" était évoquée. Lorsque j'analyse ce qui s'est passé dans ma classe et au sein du Réseau d'éducation prioritaire depuis le début du projet, voici une caractéristique que je n'avais pas prise en compte et qui s'avère peut-être la plus forte.

Finalement la maîtrise des TICE apparaît comme l'apport le plus important pour mes élèves. Il faudrait savoir si cette affirmation se concrétise à long terme.

Voici quatre ans maintenant que j'observe mes élèves qui écrivent avec enthousiasme, à la fois pour utiliser les ordinateurs, mais aussi pour montrer leur travail aux autres. Cet esprit de compétitivité pour certains ou d'envie de communiquer pour d'autres, se traduit par un plaisir d'écrire, de lire, de chercher et bien entendu de trouver.

Dans l'ensemble des expériences que j'ai réalisé avec eux, l'utilisation des ordinateurs ou des Pocket PC a donné des résultats sans commune mesure avec les classiques devoirs à la maison.

Cyrille Cahen déclare : "Aujourd'hui une fraction minoritaire mais significative de la population scolaire vit l'enseignement non comme un attrait, non comme une promotion, pas même comme une obligation supportable, mais comme une agression, une oppression, l'écrasement de toute joie de vivre par un ennui massif."

Je me dis qu'il est tant de mettre fin à cet ennui. Alors quand je vois mes élèves se précipiter sur les documents de la classe pour créer des cours ou des QCM, puis sur les ordinateurs ou sur les Pocket PC pour taper leurs textes, consulter notre site ou vérifier leurs connaissances grâce aux questionnaires, je suis heureux.

Pour finir, j'emprunterai la phrase de Cyrille Cahen : " L'ennui entraîne l'inattention, l'inattention entraîne l'échec, l'échec entraîne la mésestime ".

S'est-il lui-même inspiré de la célèbre tirade de Yoda : "la peur engendre la colère, la colère engendre la haine, la haine engendre la souffrance!" ?

Conclusion

L'hypothèse de départ était que les élèves iraient sur un site de révision ou même de "prévision" grâce à l'attrait des TICE.

Après une première période de curiosité, ils ont très vite été friands des questionnaires à choix multiples mais ont délaissé les leçons que je déposais sur le site. Cela m'a amené à leur proposer de devenir les créateurs de ces ressources.

Ayant goûté au plaisir des QCM, je n'ai eu aucun mal à les convaincre d'en écrire pour d'autres élèves qui eux-mêmes en écriraient pour nous. Ce défi-écriture s'est répandu aux textes des cours et des leçons.

La motivation à utiliser les ordinateurs, mais aussi à montrer leur travail aux autres se répercute sur l'ensemble des thèmes abordés à l'école. Dès lors, l'école va à la maison et la maison vient à l'école.

Depuis le début de ce projet, pas un jour sans qu'un élève ne me dise qu'il a vu à la télé un sujet intéressant pouvant être mis en ligne. Pas un jour sans qu'un élève me rapporte les propos de ses parents au sujet d'une leçon sur laquelle il est en train de travailler.

Le recours aux TICE a permis de redonner aux élèves le goût de s'atteler à leur travail à la maison, de le partager avec d'autres, de ne pas dénigrer le travail scolaire, et même d'y prendre du plaisir.

Mes élèves travaillent en dehors de l'école mais aussi en classe, grâce au matériel informatique. L'étape suivante serait peut-être d'équiper chaque élève d'un Pocket PC et de lui demander de réaliser un cours directement chez lui. On pourrait aussi lui demander de réviser à la maison, dans le bus, dans une salle d'attente, à la plage …


Je révise où je veux, quand je veux !

Un reportage de M6 en 2006 permet de voir le travail dans la classe de CM1/CM2.

A vous de me faire part de vos remarques.

Bibliographie

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